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vendredi 29 juillet 2016

Ce sont les cartes qui décident....



Ce soir ils jouent au baccara
Ils ont des ongles noirs et rouges
Et pour peu qu’une carte bouge
Ils tremblent de tous leurs carats


Le roi se rit de la victoire
Presque autant que de la défaite
Il aime voir tomber des têtes
Et flairer l’odeur du sang noir


La reine rouge en ses quartiers
Règne le temps qu’on la courtise
Use des amours à sa guise
Puis les chasse du bout du pied


Le cavalier n’est pas farouche
Il a l’oeil vif et la chair tendre
Il promet à qui veut les prendre
De tendre son glaive ou sa bouche



Ce soir ils jouent au baccara
Ils ont des ongles noirs et rouges
Et pour peu qu’une carte bouge
Ils tremblent de tous leurs carats


Le croupier taille et bat les cartes
Les réunit puis les écarte
Rien ne va plus, rien ne respire
Pour le meilleur et pour le pire


Sous l’ombre d’un lustre en cristal
Et de l’or venu des rivières
Rois de fortune et condottieres
Aventuriers des martingales


Croient qu’ils tiennent le monde en main
Mais dans le jeu noir du destin
Que l’on soit prince ou régicide
Ce sont les cartes qui décident



Ce soir ils jouent au baccara
Ils ont des ongles noirs et rouges
Et pour peu qu’une carte bouge
Ils tremblent de tous leurs carats



jeudi 28 juillet 2016

Le papier peint va s'écorcher du mur

D’abord ce sont les oiseaux  
Qui vont se décrocher du ciel.
Dans un fracas de plumes,
Ils vont rompre leurs ailes,
Et chuter comme des enclumes,
En laissant sur le ciel d’azur,
De longues griffures.

Puis le ciel, à son tour, va trembler.
Vaciller.
Comme un glacier se désagrège,
Entraîné par le poids des neiges.

Comme une vague s’écroule sur le dos d’un rocher.
Comme un bateau se noie dans un bouillon d’écume,
Se suicide et se tait.
Englouti à jamais.

Alors dans la chambre d’azur,
Le papier peint va s’écorcher du mur.
Celui avec la mer, le ciel et les oiseaux,
Celui avec les bateaux.

Par petites touches de plâtre d’abord,
Aux quatre coins des commissures.
Puis par lambeaux entiers,
Par panneaux.
De plus en plus hauts,
De plus en plus larges.

Par feuilles arrachées,
Déchirées, retournées,
Jusqu’aux marges
Effondrées.

Et les murs, à leur tour, emportés,
Vont tomber.
Des pans de murs,
Tomber.

Il n’y aura bientôt plus,
Qu’un amas de terre,
Là où la ville aura vécu.
Les gravas de briques premières,
Les débris de meubles et d’immeubles,
Les os tordus des salles de bains,
Les ruines d’un hôtel ancien,
Rien,
Il ne restera rien.

Qu’un souffle qui murmure encore,
Six pieds plus bas sous la poussière,
Dans les caves et dans les carrières,
Là où la nuit sans fin s’endort.

Des hommes chassés de la ville,
Ce sera le dernier asile.
Ils vivront là, tapis dans l’ombre,
En troglodytes. Comme des rats dans les décombres.

Des femmes berceront des enfants
En leur chantant des chants d’espoir, des chants d’avant.
Des filles berceront des poupées,
En refaisant les mêmes gestes que leurs aînées.

Avant de s’endormir dans un soupir,
En rêver d‘oiseaux et d’azur,
De bateaux, de villes et de ports. Et d’aventure.

Mais ces temps-là sont bien finis.
Le monde qu’elles ont à bâtir
N’est pas d'ici.
















samedi 23 juillet 2016

Tatous


1
J’ai tatoué sur ma peau
A la pointe de fer
Dans le plus grand mystère
Tous les secrets des mots

Avec l’encre de Chine
Aux couleurs de sanguine
Et l’encre de charbon
Pour les incantations


Des mots de caractère
Maudit qui s’en dédit
Gravés à flanc de pierre
En grec ou en sanscrit

Des mots crus qui sont morts
Des mots morts qui sont crus
Des mots qui courent encore
Des mots de pas perdus :


" In girum imus nocte et consumimur igni "



2
Avec l’encre de Chine
Aux couleurs de sanguine
Et l’encre de charbon
Pour les incantations

Des mots de chat perché
Par l’odeur alléchés
Des mots de chapardeur
De bandit de voleur

Des mots qui courent les rues
Des mots qu’on a croisés
Qu’on croyait embrasser
Et qu’on n’a pas revus

"Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour
Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes..."



3
J’ai tatoué sur ma peau
A la pointe de fer
Dans le plus grand mystère
Tous les secrets des mots

Des mots qu’on mord dedans
Des mots de cormorans
Qui plongent au fond de l’eau
Des mots qui pêchent au gros

Des gros mots, des bas mots
Des mots barbares et beaux
Des mots de chair et d’encre
Comme en rêvent les cancres

“Comme je descendais des fleuves impassibles
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs...”





4
Avec l’encre de Chine
Aux couleurs de sanguine
Et l’encre de charbon
Pour les incantations

Des mots qui se croient mots
Et qui se prennent au mot
Et qui vous prennent au piège
En jouant sur les mots

Des mots de doux chagrins
Des mots fins d’aigrefin
Et de fil en mémoire
Le fin mot de l’Histoire :

“Timeo Danaos et Dona Ferentes”


5
J’ai tatoué sur ma peau
A la pointe de fer
Dans le plus grand mystère
Tous les secrets des mots

Des mots qu’on dit tout bas
Des mots qu’on n’écrit pas
Même pas sur le sable
Ou sur le dos d’un arbre

Des mots sans foi ni loi
Des mots sans toi ni moi
Mais que je garde au chaud
Griffonnés sur ma peau

"Sera dura la lucha
La vida sera dura
Pero vendras conmigo..."


Des mots que j’ai tatoués
Avec l’encre de fer
Dans le creux de ma chair
Pour ne pas oublier




jeudi 21 juillet 2016

Trois petits singes


Nous reviendrons bavarder avec ces trois petits singes du bout du mur. Ils ont des gueules bien sympathiques. On se sait pas s’ils sont gibbons, macaques ou chimpanzées. Non, chimpanzées non. Ils ne nous ressemblent pas assez ou alors c’est nous. Ils sont venus nous voir tout de suite, comment sont-il arrivés là ? Sont-ils descendus des arbres ? Sont-ils tombés du ciel ? Car on ne monte pas comme ça sur le mur de la présidence de la République, il y a des tessons de bouteille partout, pour empêcher que le peuple n’aie l’idée d’escalader. Bien sûr, il n’y a plus personne maintenant, mais elle est gardée.  


Eux n’ont pas eu peur, ils sont venus nous voir et nous parler. Ils voulaient savoir qui nous étions, ce que nous voulions. Nous ne sommes  pas du quartier. Ca les intéressait beaucoup. Ils nous regardaient avec des yeux écarquillés en se lissant la barbe du plat de la main. De là-bas, nous venions de là-bas, au délà de la ville ? Oui-oui.  Nous comprenions bien ce qu’ils disaient, tout ce qu’ils disaient. Il fallait qu’on leur raconte.


Oui, mais pas maintenant. On allait revenir, promis, juste pour eux. Là, il fallait qu’on prenne le bus 48 jusqu’à Démocratie. Qu’on y dépose des bougies. Qu’on écoute chanter des chants guerriers, des chants de larmes : “montez de la mine, descendez des collines, camarades”.  Et jeter des fleurs de cerisiers le long du cortège, sur les gens, sur la mer, sur la promenade. Après, nous reviendrions bavarder après avec les trois petits singes.

Car il n’est plus temps de se taire. Ni de fermer, les yeux. Ni les oreilles.




mardi 19 juillet 2016

Margot, démon des mots, nuit

Battue par un éclat de lune
Elle chavire, la Margot
Elle prend la vie au garot
Sabre de bois, chiens de fortune

Putain bâtarde et barbaresque
Chargez ! Déchargez les pétoires !
Elle empaffe autant qu’elle agresse
De son cul éjaculatoire

Margot, Margot, foutue diablesse
Sous ta corolle affriolante
Et des cuisses carnavalesques
Tu brûles des feux de mort lente

Toi qui venais du nord des pentes
Et qui traînais des chiens en laisse
Avec tes airs de fausse abbesse
Tes yeux clairs comme une eau courante

Sainte Margot mère d’ivresse
Rangeons, dérangeons nos mémoires
Et tes amours de purgatoire
A bouchonner la soldatesque

Margot se noie, sabre de lune
Etourdie de foutre gaulois
Battue d’un revers de fortune
Sur un banc de sable de bois




dimanche 17 juillet 2016

Clair obscur




Le nez collé sur les carreaux
Je frissonne dans ma nuisette
Petits seins et taille fluette
Clair-obscur entre les rideaux


Dehors la lande s’assoupit
Et sous les palmes des forêts
L’âme des ombres s’est blottie
Pour passer la nuit au secret


Il est un coin que je regarde
Chaque soir en haut de la dune
Balayé par un rai de lune
Comme un peu de jour qui s’attarde


Et chaque soir un loup s’y tient
Ténébreux comme un mauvais rève
Il se pose au bout de la grève
Et plante ses yeux dans les miens


Petite fille au front d’ivoire
Grogne l’assassin magnifique
Pourquoi ton coeur est-il si noir ?
Et ton âme mélancolique ?



vendredi 15 juillet 2016

Un éléphant



  Un éléphant

Ca trempe énormément
Sa trompe dans le thé
Dans le thé de l’été
Etre et avoir été

Quand on n’est pas sérieux
Et qu’on a dix-sept ans
On joue avec le feu
On marche sur les gens

Sur les pieds dépassant
Des vers lents de Verlaine
En les dédicassant

                  *       *

Un éléphant
C’est énorme et ça ment
Avec délicatesse
Ca trompe énormément
Parfois jusqu’à l’ivresse

Ca danse avec le sable
Et les papillons d’or
Et quand le vent s’endort
Ca s’invente des fables

Pour ne jamais vieillir
Et ne se souvenir
Que des moments légers


                *       *

Un éléphant
Ca rumine le temps
Ca mâche lentement
Le foin de la mémoire
En être ou en avoir